Biomicroscopie à la lampe à fente : l’examen préalable en contactologie
Aucune adaptation en lentilles de contact ne se conçoit sans un examen préalable à la lampe à fente. La biomicroscopie permet d’évaluer l’état du film lacrymal, de la cornée, de la conjonctive et des paupières — autrement dit de décider si l’œil est adaptable, et avec quel matériau.
Démonstration par Lionel Bricard, formateur et membre du jury du BTS Opticien-Lunetier.
Les éclairages et ce qu’ils révèlent
- Illumination diffuse : vue d’ensemble du segment antérieur, repérage rapide des anomalies.
- Fente fine en coupe optique : étude de l’épaisseur cornéenne et localisation en profondeur d’une lésion.
- Rétro-illumination : la lumière renvoyée par l’iris révèle les opacités et les néovaisseaux par transparence.
- Réflexion spéculaire : examen de l’endothélium et de la qualité du film lacrymal.
- Filtre bleu cobalt avec fluorescéine : mise en évidence des altérations épithéliales et évaluation du film lacrymal.
Évaluer le film lacrymal avant tout
C’est l’étape déterminante en contactologie : un œil sec supporte mal une lentille, quel que soit le matériau. On observe le ménisque lacrymal au bord palpébral inférieur, dont la hauteur renseigne sur le volume disponible.
On mesure ensuite le temps de rupture du film lacrymal (BUT) : après instillation de fluorescéine, on demande au sujet de ne plus cligner et l’on chronomètre l’apparition de la première zone de rupture. Un temps court oriente vers une instabilité qui compromettra le port.
Examiner les paupières et les glandes de Meibomius
Les glandes de Meibomius produisent la couche lipidique qui empêche le film lacrymal de s’évaporer. Un dysfonctionnement — orifices obstrués, sécrétion épaissie, bord palpébral irrégulier — est l’une des causes les plus fréquentes d’intolérance aux lentilles.
L’examen du bord libre et l’expression douce des glandes font partie intégrante du bilan préalable.
Cornée et conjonctive : ce qui doit faire renoncer et orienter
On recherche systématiquement les signes qui doivent faire différer ou refuser l’adaptation : néovascularisation, kératite ponctuée superficielle, cicatrice cornéenne, hyperhémie conjonctivale marquée, papilles tarsales.
La fluorescéine est ici indispensable : elle colore les zones où l’épithélium est altéré et révèle des atteintes invisibles en lumière blanche.
Les erreurs à éviter
- Instiller trop de fluorescéine : l’excès masque les détails au lieu de les révéler.
- Négliger l’éversion de la paupière supérieure : les papilles tarsales, signe majeur d’intolérance, ne se voient pas autrement.
- Mesurer le temps de rupture juste après plusieurs clignements forcés : la mesure est faussée.
- Conclure à une adaptabilité sans avoir examiné les glandes de Meibomius.
Pourquoi ce geste compte pour la VAE du BTS Opticien-Lunetier
La contactologie est un bloc de compétences à part entière du BTS Opticien-Lunetier, et c’est souvent celui que les candidats à la VAE documentent le moins bien — notamment ceux qui adaptent peu de lentilles en pratique. Savoir décrire un examen préalable complet, nommer les éclairages et justifier une contre-indication est un point d’appui solide devant le jury.
Cette compétence se documente dans le Livret 2 avec un exemple concret tiré de votre pratique. Voir aussi : ce que le jury évalue vraiment en réfraction subjective et notre accompagnement complet à la VAE.
Le cadre professionnel : ce que l’opticien fait, et ce qu’il ne fait pas
L’opticien-lunetier est un professionnel paramédical. Il utilise la lampe à fente — comme la tête de réfracteur, l’autoréfractomètre ou la lampe à fente — dans le seul but de contrôler l’équipement et son adaptation, jamais pour établir un diagnostic.
Le diagnostic, l’interprétation clinique et la prescription relèvent exclusivement du médecin ophtalmologiste. Toute observation inhabituelle conduit à une orientation, jamais à une conclusion médicale : c’est précisément ce qui sépare l’exercice légal de l’exercice illégal de la médecine.
En contactologie, l’opticien observe la lentille sur l’œil en complément de l’analyse et de la prescription de l’ophtalmologiste, et sous son contrôle. Savoir énoncer clairement cette limite devant un jury de VAE n’est pas une faiblesse : c’est une preuve de professionnalisme.
Questions fréquentes
Pourquoi examiner à la lampe à fente avant une adaptation en lentilles ?
Pour vérifier que l’œil est adaptable : qualité et stabilité du film lacrymal, intégrité de la cornée, état de la conjonctive et des paupières. Un œil sec ou une cornée altérée compromettent le port, quel que soit le matériau choisi.
Comment mesure-t-on le temps de rupture du film lacrymal ?
Après instillation de fluorescéine et observation au filtre bleu cobalt, on demande au sujet de ne plus cligner et l’on chronomètre l’apparition de la première zone de rupture du film. Un temps court traduit une instabilité qui compromettra le port de lentilles.
Quels éclairages utilise-t-on à la lampe à fente ?
L’illumination diffuse pour la vue d’ensemble, la fente fine en coupe optique pour l’épaisseur et la profondeur, la rétro-illumination pour les opacités et néovaisseaux, la réflexion spéculaire pour l’endothélium, et le filtre bleu cobalt avec fluorescéine pour les altérations épithéliales.
Pourquoi examiner les glandes de Meibomius ?
Elles produisent la couche lipidique qui empêche l’évaporation du film lacrymal. Leur dysfonctionnement — orifices obstrués, sécrétion épaissie, bord palpébral irrégulier — est l’une des causes les plus fréquentes d’intolérance aux lentilles de contact.
L’opticien-lunetier peut-il poser un diagnostic ?
Non. L’opticien-lunetier est un professionnel paramédical : il utilise la tête de réfracteur, l’autoréfractomètre et la lampe à fente pour contrôler l’équipement et son adaptation, jamais pour diagnostiquer. Le diagnostic, l’interprétation clinique et la prescription relèvent exclusivement du médecin ophtalmologiste. En contactologie, l’opticien observe la lentille sur l’œil en complément de l’analyse et de la prescription de l’ophtalmologiste, et sous son contrôle.


