Maddox et barre à prismes : mesurer les phories dissociées autrement
La baguette de Maddox associée à la barre à prismes est une méthode de dissociation simple, rapide et particulièrement lisible pour le client. Elle complète la méthode de Von Graefe et s’avère souvent plus confortable pour les sujets qui peinent à décrire deux images de lettres.
Démonstration par Lionel Bricard, formateur et membre du jury du BTS Opticien-Lunetier.
Le principe : transformer un point lumineux en trait
La baguette de Maddox est constituée de fins cylindres accolés. Placée devant un œil, elle transforme l’image d’une source ponctuelle en un trait lumineux perpendiculaire à l’axe des cylindres.
Les deux yeux perçoivent alors des images totalement dissemblables — un point d’un côté, un trait de l’autre. La fusion devient impossible : le déséquilibre latent se démasque immédiatement.
Mesurer la phorie horizontale
On oriente les cylindres horizontalement : le sujet perçoit un trait vertical. On lui demande où se situe ce trait par rapport au point lumineux, à droite ou à gauche.
L’interprétation dépend de l’œil équipé. Comme l’image est vue en diplopie croisée ou homonyme selon le sens de la déviation, le trait apparaît du côté opposé à la déviation en exophorie, et du même côté en ésophorie (loi de Desmarres).
Mesurer la phorie verticale
On tourne la baguette de 90° : les cylindres sont verticaux, le sujet perçoit un trait horizontal. La question devient : le trait passe-t-il au-dessus, au-dessous, ou exactement sur le point ?
Un trait décalé en hauteur signe une phorie verticale — un déséquilibre discret mais souvent très symptomatique.
Neutraliser avec la barre à prismes
Une fois le sens établi, on interpose une barre à prismes devant un des deux yeux et l’on augmente progressivement la puissance jusqu’à ce que le trait vienne passer exactement sur le point lumineux.
La valeur atteinte à cet instant est la phorie dissociée, en dioptries prismatiques. Le client a une consigne unique et très concrète — « dites-moi quand le trait passe sur le point » — ce qui rend la mesure plus fiable qu’une comparaison entre deux lignes de lettres.
Maddox ou Von Graefe : lequel choisir ?
- Maddox : consigne simple, dissociation totale, idéal pour les clients peu à l’aise avec la description d’images. Très lisible en phorie verticale.
- Von Graefe : réalisable directement au réfracteur, dissociation motrice, conditions plus proches de la vision habituelle, indispensable dans un examen complet.
- Les deux se complètent : une divergence importante entre les deux mesures mérite d’être interrogée.
Les erreurs à éviter
- Éclairer la pièce : le point lumineux doit rester nettement contrasté, on travaille en ambiance sombre.
- Mal orienter la baguette : cylindres horizontaux pour la phorie horizontale, verticaux pour la verticale. L’inversion fausse tout.
- Aller trop vite sur la barre à prismes : le client doit avoir le temps de suivre le déplacement du trait.
- Oublier de refaire la mesure en vision de près.
Pourquoi ce geste compte pour la VAE du BTS Opticien-Lunetier
Le jury apprécie qu’un candidat maîtrise plusieurs méthodes de mesure d’une même grandeur et sache expliquer pourquoi il choisit l’une plutôt que l’autre. Savoir dire « j’utilise le Maddox quand le client a du mal à décrire deux lignes de lettres » démontre une compréhension réelle, pas une simple application de protocole.
Cette compétence se documente dans le Livret 2 avec un exemple concret tiré de votre pratique. Voir aussi : ce que le jury évalue vraiment en réfraction subjective et notre accompagnement complet à la VAE.
Le cadre professionnel : ce que l’opticien fait, et ce qu’il ne fait pas
L’opticien-lunetier est un professionnel paramédical. Il utilise la baguette de Maddox et la barre à prismes — comme la tête de réfracteur, l’autoréfractomètre ou la lampe à fente — dans le seul but de contrôler l’équipement et son adaptation, jamais pour établir un diagnostic.
Le diagnostic, l’interprétation clinique et la prescription relèvent exclusivement du médecin ophtalmologiste. Toute observation inhabituelle conduit à une orientation, jamais à une conclusion médicale : c’est précisément ce qui sépare l’exercice légal de l’exercice illégal de la médecine.
Savoir énoncer clairement cette limite devant un jury de VAE n’est pas une faiblesse : c’est une preuve de professionnalisme.
Questions fréquentes
Comment fonctionne la baguette de Maddox ?
Elle est constituée de fins cylindres accolés qui transforment l’image d’une source lumineuse ponctuelle en un trait perpendiculaire à leur axe. Les deux yeux percevant des images totalement dissemblables — un point et un trait — la fusion devient impossible et le déséquilibre latent se démasque.
Comment orienter la baguette de Maddox ?
Cylindres horizontaux pour mesurer une phorie horizontale : le sujet voit alors un trait vertical. Cylindres verticaux pour mesurer une phorie verticale : le sujet voit un trait horizontal. Inverser l’orientation fausse complètement l’examen.
Comment mesure-t-on la valeur avec la barre à prismes ?
On interpose la barre à prismes et l’on augmente progressivement la puissance jusqu’à ce que le trait lumineux vienne passer exactement sur le point. La valeur atteinte à cet instant correspond à la phorie, exprimée en dioptries prismatiques.
Faut-il préférer le Maddox ou la méthode de Von Graefe ?
Les deux sont complémentaires. Le Maddox offre une consigne très simple et une dissociation totale, particulièrement lisible en phorie verticale. Von Graefe se pratique directement au réfracteur dans des conditions plus proches de la vision habituelle. Un écart important entre les deux mesures doit être interrogé.
L’opticien-lunetier peut-il poser un diagnostic ?
Non. L’opticien-lunetier est un professionnel paramédical : il utilise la tête de réfracteur, l’autoréfractomètre et la lampe à fente pour contrôler l’équipement et son adaptation, jamais pour diagnostiquer. Le diagnostic, l’interprétation clinique et la prescription relèvent exclusivement du médecin ophtalmologiste. En contactologie, l’opticien observe la lentille sur l’œil en complément de l’analyse et de la prescription de l’ophtalmologiste, et sous son contrôle.


