Méthode de Von Graefe : mesurer les phories dissociées
La méthode de Von Graefe est l’examen de référence pour mesurer les phories dissociées, c’est-à-dire la déviation des lignes de regard maintenue latente grâce à la fusion. Les normes des phories dissociées ont été établies avec le test de Von Graefe en vision de loin et en vision de près à 40 cm.
Il s’agit d’un geste technique que tout opticien-lunetier doit être capable de réaliser correctement, mais également d’interpréter. Dans le cadre de la VAE du BTS Opticien-Lunetier, lorsqu’un candidat décrit cette pratique dans son Livret 2, le jury peut l’interroger afin de vérifier qu’il en maîtrise à la fois la réalisation, l’analyse et l’interprétation.
La vidéo ci-dessous montre la mesure complète sur une cliente réelle : phories horizontales et verticales, de loin puis de près.
Démonstration filmée par Lionel Bricard, formateur et membre du jury du BTS Opticien-Lunetier.
Ce que mesure exactement la méthode de Von Graefe
Au repos, les deux yeux ne sont presque jamais parfaitement alignés. En vision binoculaire normale, la fusion corrige ce décalage en permanence, sans que le sujet s’en rende compte. La phorie dissociée est ce décalage latent, invisible tant que les deux yeux travaillent ensemble en fusion.
Le principe de Von Graefe consiste donc à briser volontairement la fusion à l’aide d’un prisme dissociateur, puis à mesurer le décalage qui apparaît avec un second prisme, dit prisme de mesure.
- Exophorie : les axes visuels divergent au repos (le plus fréquent).
- Ésophorie : les axes visuels convergent au repos.
- Phorie verticale : décalage en hauteur entre les deux yeux — plus rare, mais souvent responsable de céphalées et d’inconfort.
Mesurer la phorie horizontale : on dissocie verticalement
On présente au sujet une ligne de lettres verticale. Le prisme dissociateur, généralement de 6 dioptries prismatiques base inférieure sur l’œil droit, sépare les images l’une au-dessus de l’autre : le client voit deux lignes, une en haut et une en bas. L’œil droit voit l’image du bas, l’œil gauche celle du haut.
La question posée est toujours la même : « Concentrez-vous sur celle du haut. Où se trouve celle du bas par rapport à elle : à droite ou à gauche ? » La réponse donne immédiatement le sens de la phorie. Dans la vidéo, la cliente répond « à gauche » — c’est une exophorie, que l’on compense en base interne.
On fait ensuite varier le prisme de mesure jusqu’à ce que les deux lignes soient parfaitement superposées. La valeur lue à cet instant est la phorie, exprimée en dioptries prismatiques.
Mesurer la phorie verticale : on dissocie horizontalement
Le raisonnement est symétrique. On présente cette fois une ligne de lettres horizontale, et le prisme dissociateur, généralement de 10 dioptries prismatiques base interne sur l’œil gauche, sépare les images côte à côte : une à droite, une à gauche. L’œil droit voit l’image de droite, l’œil gauche celle de gauche.
La question devient : « Sont-elles au même niveau, ou l’une est-elle plus haute que l’autre ? » Si le client répond qu’elles sont bien face à face, il n’y a pas de phorie verticale : c’est l’orthophorie. C’est le cas de la cliente filmée en vision de loin.
De loin, puis de près : les deux mesures sont indispensables
Une phorie mesurée de loin ne préjuge pas de celle mesurée de près. La convergence sollicitée en vision de près modifie l’équilibre : un sujet parfaitement équilibré à 5 mètres peut présenter une exophorie marquée à 40 cm — ou l’inverse.
Dans la démonstration, les valeurs relevées de loin et de près diffèrent nettement. C’est précisément cet écart qui oriente l’interprétation et, le cas échéant, la prescription prismatique ou la rééducation orthoptique par un orthoptiste ou un médecin ophtalmologiste.
Les erreurs les plus fréquentes
- Poser une question fermée. Demander « c’est à gauche, non ? » induit la réponse. Il faut laisser le choix ouvert : « à droite ou à gauche ? »
- Aller trop vite sur l’alignement. Le client doit dire lui-même quand les images se superposent. Dépasser le point d’alignement fausse la valeur.
- Oublier la mesure de près. C’est souvent là que se révèle l’inconfort dont se plaint le porteur.
- Négliger la phorie verticale. Même 1 dioptrie prismatique suffit à provoquer des céphalées.
Pourquoi ce geste compte pour la VAE du BTS Opticien-Lunetier
Le jury de la VAE n’évalue pas seulement ce que vous faites au comptoir : il vérifie que vous comprenez ce que vous faites. Savoir exécuter une mesure de Von Graefe ne suffit pas — il faut savoir expliquer ce qu’est une phorie, pourquoi on dissocie, ce que signifie une valeur exo ou éso, et ce qu’on en fait ensuite.
C’est exactement le type de compétence à documenter dans le Livret 2, avec un exemple concret tiré de votre pratique. Voir aussi : ce que le jury évalue vraiment en réfraction subjective.
Un conseil : si vous ne pratiquez pas régulièrement ce test, je vous déconseille de le détailler dans votre Livret 2. Préférez la méthode de Maddox, généralement plus simple à expliquer devant un jury.
Le cadre professionnel : ce que l’opticien fait, et ce qu’il ne fait pas
L’opticien-lunetier est un professionnel paramédical. Il utilise la tête de réfracteur — comme la tête de réfracteur, l’autoréfractomètre ou la lampe à fente — dans le seul but de contrôler l’équipement et son adaptation, jamais pour établir un diagnostic.
Le diagnostic, l’interprétation clinique et la prescription relèvent exclusivement du médecin ophtalmologiste. Toute observation inhabituelle conduit à une orientation, jamais à une conclusion médicale : c’est précisément ce qui sépare l’exercice légal de l’exercice illégal de la médecine.
Savoir énoncer clairement cette limite devant un jury de VAE n’est pas une faiblesse : c’est une preuve de professionnalisme.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une phorie dissociée ?
Une phorie est le déséquilibre naturel des axes visuels lorsque la fusion est rompue : c’est la déviation des lignes de regard maintenue latente grâce à la fusion. En vision binoculaire normale, ce décalage est compensé en permanence et reste invisible. La méthode de Von Graefe consiste à briser volontairement cette fusion avec un prisme dissociateur pour révéler et mesurer le décalage.
Comment mesure-t-on une phorie horizontale avec la méthode de Von Graefe ?
On présente une ligne de lettres verticale et l’on interpose un prisme dissociateur, généralement de 6 dioptries prismatiques base inférieure sur l’œil droit, qui sépare la ligne en deux images l’une au-dessus de l’autre : l’œil droit voit celle du bas, l’œil gauche celle du haut. On demande au sujet où se situe l’image du bas par rapport à celle du haut, à droite ou à gauche. On applique la loi de Desmarres, puis on fait varier le prisme de mesure jusqu’à superposition parfaite : la valeur lue est celle de la phorie dissociée, en dioptries prismatiques.
Quelle est la différence entre exophorie et ésophorie ?
En exophorie, les axes visuels divergent au repos : c’est le cas le plus fréquent, compensé en base interne. En ésophorie, ils convergent. Le sens se détermine directement par la position relative des deux images perçues par le client.
Pourquoi faut-il mesurer les phories de loin et de près ?
Parce que la convergence sollicitée en vision de près modifie l’équilibre oculomoteur. Un sujet équilibré à 5 mètres peut présenter une exophorie marquée à 40 cm. C’est souvent en vision de près que se révèle l’inconfort dont se plaint le porteur.
La méthode de Von Graefe est-elle évaluée à la VAE du BTS Opticien-Lunetier ?
Si vous ne pratiquez pas régulièrement ce test, il est déconseillé de le détailler dans votre Livret 2 : préférez la méthode de Maddox, généralement plus simple à expliquer. Si vous le choisissez, le jury attend que vous sachiez exécuter la mesure mais surtout l’expliquer : ce qu’est une phorie, pourquoi on dissocie, comment interpréter une valeur et quelle conduite en tirer. C’est une compétence à documenter dans le Livret 2 avec un exemple concret.
Pour aller plus loin : vision et posture — pourquoi comparer la phorie dissociée en position assise puis debout, et où s’arrête le champ de l’opticien.
L’opticien-lunetier peut-il poser un diagnostic ?
Non. L’opticien-lunetier est un professionnel paramédical : il utilise la tête de réfracteur, l’autoréfractomètre et la lampe à fente pour contrôler l’équipement et son adaptation, jamais pour diagnostiquer. Le diagnostic, l’interprétation clinique et la prescription relèvent exclusivement du médecin ophtalmologiste. En contactologie, l’opticien observe la lentille sur l’œil en complément de l’analyse et de la prescription de l’ophtalmologiste, et sous son contrôle.
